Exposition
Regards et paroles de femmes aînées sur leur sexualité
La présente exposition est issue du projet de recherche-action « La sexualité des femmes aînées : des besoins aux pratiques d’intervention » dirigé par Isabelle Wallach. Ce projet s’inscrit dans une démarche de recherche participative visant à mettre en lumière l’expérience de la sexualité chez les femmes aînées hétérosexuelles et lesbiennes. À travers une série de rencontres, réalisées durant l’automne 2024, les participantes ont été invitées à explorer leur vécu et leurs réflexions en lien avec la sexualité, l’intimité et le vieillissement, en utilisant la photographie comme moyen d’expression.
Les images présentées aujourd’hui sont le fruit de ce processus créatif et réflexif. Elles donnent à voir, à ressentir et à penser des réalités souvent invisibilisées, tout en célébrant la richesse des récits et des identités qui les portent.
Cette exposition n’aurait pas pu voir le jour sans la précieuse collaboration de l’Écho des femmes de la Petite Patrie et du Centre des femmes Montréal-Est/Pointe aux-Trembles.
Avertissement de contenu sensible
Agression sexuelle, lesbophobie
Le contenu de cette exposition comporte certains propos portant sur des sujets sensibles liés aux agressions sexuelles et à la lesbophobie. Ces sujets sont susceptibles de provoquer un malaise ou de causer des émotions difficiles ou désagréables. Une liste de ressources d’aide est disponible à la fin de l’exposition.
C’était des plaisirs charnels. T’avais pas le droit. C’tait tout interdit
J’voulais juste dire que la religion, c’était, ben l’éducation sexuelle, on n’a pas vraiment eu parce que la religion t’sais… T’sais tu pouvais même pas te toucher les mains. D’un gars mettons ou d’une autre personne. Parce que après ça, c’était des plaisirs charnels. T’avais pas le droit. C’tait tout interdit, y’avait une grosse clôture. C’était interdit dans le fond la sexualité.
— Joséphine
Maman a nous a éduqué beaucoup beaucoup beaucoup, fait que j’ai dit, je vais mettre des livres ouverts
La sexualité chez moi, c’était comme un livre ouvert. Maman a nous a éduqué beaucoup beaucoup beaucoup, fait que j’ai dit, je vais mettre des livres ouverts. Puis un merci, merci d’avoir eu la maman que j’ai eue. Mon papa ça aurait été très différent. Pour lui, c’t’ait ben important que la fille reste à maison, mais maman avait beaucoup de discussions avec mon père, fait que merci merci merci.
— Janine
Moi ça a mal commencé parce que y’a eu de l’agression. Très jeune. Pis c’est pour ça que j’ai mis une craque
Moi ça a mal commencé parce que y’a eu de l’agression. Très jeune. Pis c’est pour ça que j’ai mis une craque, parce que pour moi ça disait, ça l’a mis beaucoup de problèmes dans ma vie. […] Ça a fait que j’ai été mise de côté beaucoup, parce qu’y aurait pas fallu que je le dise. […] Mon premier contact sexuel ça été ça. […] Mais j’ai fait du chemin inquiétez-vous pas. Ma vie a pas été parfaite mais j’ai quand même cheminé. Même si tout le monde dans famille était contre, que j’aille parler. Mais r’garde j’me suis débrouillée toute seule, j’ai fait mon chemin.
— Marona
Éducation avec la sexualité [c’est] d’accepter notre corps, de pas se gêner
Pour moi, côté éducation en lien avec la sexualité, [c’est] d’être confortable avec notre corps, qu’est-ce qu’on a comme parties du corps. Et je crois que la nudité, c’est comme tabou encore aujourd’hui, faut toujours se cacher. […] Éducation avec la sexualité [c’est] d’accepter notre corps, de pas se gêner, de prononcer les parties du corps, on a des seins, on a une vulve, on a un clitoris.
— Shanon
Elle a dit « Ah, ouache, deux femmes ensemble ! »
C’est comme un peu un interdit avec la main, le regard en même temps : l’oeil qui est là. C’est pas bien vu en quelque part. […] Ça me refait penser à quand ma mère j’y avais dit… On avait emménagé avec ma blonde en 78, pis y’avait deux chambres. Là j’avais dit à ma mère « ben on dort ensemble, dans la même chambre ». Elle a dit « Ah je le savais ! ». J’y avais pas dit que j’étais lesbienne. Fait qu’elle a dit « Ah, ouache, deux femmes ensemble ! »
— Michelle
Tu pouvais t’embrasser sur ta terrasse, parce qu’il avait des vignes vierges tout autour de la clôture
Moi sur ma terrasse j’ai vécu quand même des partys, des rencontres, des amours, t’sais tu pouvais t’embrasser sur ta terrasse, parce qu’il avait des vignes vierges tout autour de la clôture. J’ai choisi ça parce que je me disais : « Ah c’est un peu caché ». C’est comme une enclave de sécurité, que tu sais que tu peux être là.
— Michelle
Dans une RPA ou dans CHSLD, je sens pas beaucoup d’ouverture pour que j’dise: « Ah ben je vais vivre avec ma conjointe »
J’passe devant tous les jours, devant cette RPA là. J’me dis : j’vais tu me retrouver là ? J’ai peur. […] Le lit double, c’est mon lit. Chez nous je peux être en couple à deux. Dans une RPA ou dans CHSLD, je sens pas beaucoup d’ouverture pour que j’dise: « Ah ben je vais vivre avec ma conjointe ». J’ai peur de me retrouver à pas vivre ma sexualité, à pas vivre mon lesbianisme.
— Ève
L’impact que ça a eu sur moi la stigmatisation. C’est que je me suis sentie longtemps invisible
Y’a eu une période de ma vie où est-ce que j’étais en communauté lesbienne, quand j’étais toute jeune. Mais, en même temps, j’ai toujours eu l’impression qu’on ne me voyait pas. Moi c’est l’impact que ça a eu sur moi la stigmatisation. C’est que je me suis sentie longtemps invisible. Pis maintenant que je suis retraitée pis que j’ai parti mon groupe de femmes lesbiennes, ça a complètement changé mon expérience avec la communauté. Ça me fait du bien. On dirait que je me sens moins invisible justement.
— Henriette
Moi mon corps, j’ai appris à l’accepter, d’année en année
C’est drôle parce que la nature, y’a des changements pis on trouve ça toujours beau. Puis quand ça arrive à nous, on comprend pas pis on trouve ça pas beau. […] Je trouve ça regrettable, parce que moi mon corps, j’ai appris à l’accepter, d’année en année. J’ai un corps qui est pas parfait mais qui me donne ce que j’ai besoin. […] Je fais ce que je veux encore avec mon corps, si je veux du plaisir, j’suis capable de m’en donner, ou d’en recevoir de quelqu’un.
— Janine
Mon corps, quand je me regarde je me dis j’peux pas me présenter devant un homme, avec un corps comme ça
Moi j’ai mis des patates parce que, moi c’est le ventre qui m’a poussé beaucoup. Dès que j’ai arrêté de travailler, le ventre m’a poussé. C’est mon gros complexe aujourd’hui. […] Mon corps, quand je me regarde, je me dis j’peux pas me présenter devant un homme, avec un corps comme ça. […] Je m’arrange tout seule. J’me dis toujours, j’me fais mon p’tit bonheur tout seule.
— Marona
Loin de la sexualité, même aujourd’hui
Pour moi, l’écureuil, il travaille fort sur sa sexualité beaucoup, très fort, y’est loin même de la sexualité, l’écureuil: la citrouille versus l’écureuil. Ça, ça vient d’un blocage. […] cette photo-là, moi je trouvais que ça me représentait, t’sais, loin de la sexualité, même aujourd’hui. […] Aujourd’hui j’suis encore loin de ça. Y a une partie de corps que j’ai plus, c’est le cancer du sein; on m’a fait une ablation. Moi faut que j’apprenne à l’aimer mon corps.
— Juliette
Chaque fois quand j’ai ma jouissance je me dis « T’es pas morte, t’as de la vie encore »
T’sais, c’était sale dans le temps, on n’aurait jamais parlé de masturbation. C’est péché ! Il fallait se confesser pour tout ! Puis à quelque part ça n’a pas toujours été harmonieux avec mon mari, mais au moins il m’a fait découvrir que j’avais un clitoris, puis aujourd’hui il fait mon bonheur ! […] Je l’ai mon petit appareil dans ma table de chevet. Chaque fois quand j’ai ma jouissance je me dis « t’es pas morte, t’as de la vie encore ».
— Marona
J’avais pas beaucoup de sexualité avec moi-même, pis là je me suis dit « ben voyons »
Quand j’ai vu son coffre à crayon, je l’ai trouvé très sensuel, doux, ça donnait le goût d’y toucher. Pis, on voyait aussi comme le p’tit chose rouge qui dépasse, je trouvais que ça avait l’air d’un clitoris. […] Pis j’me suis dit, parce que là j’suis toute seule, que j’avais pas beaucoup de sexualité avec moi-même. Pis là je me suis dit « ben voyons ». C’est aussi, je trouve pas ça toujours évident. C’est comme de se choisir, de faire attention à soi.
— Ève
Y’a quelque chose d’érotique là-dedans
Là le caleçon est comme à l’envers, il y a un bout de cuisse, un bout de poil parce que c’est proche de l’endroit où il faut faire la chose, où est-ce que on se masturbe. On voit la peau un peu ratatinée aussi, t’sais la peau à 30 ans pis la peau à 70 ans, c’est pas pareil. Puis aussi le fait que c’est un caleçon comme ça, ça fait caleçon blanc mais y’a quelque chose d’érotique là-dedans. […] Moi je me masturbe de temps en temps mais c’est pas régulier. Des fois j’me dis, faudrait que le fasse plus souvent pour juste relaxer.
— Michelle
T’as toutes les choses là pour aider les gens célibataires
[Sur la photo, il y a] toutes les choses pour faire des plaisirs sexuels solitaires et à deux. Au lieu d’aller au Séduction, maintenant sont à côté des condoms à presque toutes les pharmacies. […] t’as toutes les choses là pour aider les gens célibataires. Pis on parlait en couple, quand j’étais avec mon chum […] après six mois, là c’était l’explosion d’exploration sexuelle. Pis il m’avait montré beaucoup de choses. Même le sexe le matin en plein jour.
— Ginette
J’aurais le goût d’avoir des relations sexuelles
Moi, je peux avoir une sexualité sans avoir d’engagement affectif. […] J’ai pas nécessairement le goût d’être en relation, mais j’aurais le goût d’avoir des relations sexuelles. Pis ce que je trouve très très dur, c’est qu’il y a pas de milieu pour ça. T’sais tu peux pas aller au Drugstore pis dire : « Ok r’garde, moi ça me tente à soir, mais on s’engage pas pour la vie ». T’sais j’aurais le goût de juste en profiter.
— Ève
J’ai besoin d’un moment de dialogue et aussi de sentir qu’on s’en va dans la même direction
Les deux arbres sont orientés du même côté. Ils veulent se rencontrer. […] plus jeune, j’rentrais dans une relation, j’avais pas besoin de me faire apprivoiser. Ça se passait beaucoup plus rapidement. Tandis que, maintenant à l’âge que j’ai, j’suis pas capable de m’abandonner si facilement à une rencontre, autant physiquement que psychologiquement. J’ai besoin d’un moment de dialogue et aussi de sentir qu’on s’en va dans la même direction.
— Henriette
À l’arrière de cette porte-là, il y a une personne qui est appelée à être découverte, et c’est moi
La recherche de partenaires, pour moi ça prend de la vie, ça prend une personne vivante. Quelqu’un qui mord dans la vie. C’est très important parce que moi j’mords dans la vie puis, j’ai besoin de ça. […] À l’arrière de cette porte-là, il y a une personne qui est appelée à être découverte, et c’est moi. […] Un partenaire, il faut qu’il rouvre la porte parce qu’il y a de la joie, il y a de la couleur, il y a plein de choses.
— Juliette
Ça peut arriver à un célibataire : profiter de la vie ou tomber, te sentir mal
À droite, je vois que je suis confiante, je suis là avec ma curiosité, je veux parler à tout le monde. Je veux faire toutes sortes d’affaires, je m’intéresse à tout. […] Mais des fois [comme à gauche], quand t’es célibataire, tu te sens mal. Tu te poses des questions.
Tu te sens en solitude. Tu te sens : y’a pas d’appui. Troublée, solitude, spirale vers le bas. Ça peut arriver à un célibataire : profiter de la vie ou tomber, te sentir mal.
— Ginette
Il y a une fusion des corps, mais il y a une autonomie aussi, avec les deux têtes
J’ai changé ma vision de l’engagement avec les années. […] pour moi l’engagement ça se passe dans l’autonomie de chaque personne. Mais, il y a la fusion des corps qui est, finalement, la sexualité entre deux femmes. Il y a une fusion des corps, mais il y a une autonomie aussi, avec les deux têtes. […] L’engagement pour moi maintenant c’est sacré. Autant quand j’étais plus jeune je passais d’une relation à une autre, autant maintenant ça ne m’intéresse plus.
— Henriette
Même si j’étais en couple, je me sentais seule
Ça fait déjà 19 ans que je suis seule pratiquement. J’en n’ai plus de passé amoureux. […] Pour moi cette photo-là c’est mon passé, plus de solitude. Même si j’étais en couple, je me sentais seule. La photo, la luminosité pis tout ça, j’adorais ça. Pour exprimer mon banc vide. Je voulais pas l’exprimer par une lourdeur.
— Juliette
On est bienveillant un envers l’autre en vieillissant. On se respecte beaucoup
Ça c’est une sculpture d’un couple. Mon mari est allé au Mexique pis je lui ai demandé d’acheter de quoi pour nous représenter tous les deux. Pis il est arrivé avec ça. […] c’est vraiment notre couple, c’est nous deux. On est bienveillant un envers l’autre en vieillissant. On se respecte beaucoup.
— Janine
Tu peux faire l’amour à la chandelle, tu peux manger à la chandelle
C’est un p’tit mix de toutes les douceurs qu’on peut se permettre. Du chocolat, des ouates. Le parfum, on se sert de notre nez pour sentir l’autre. La coupe à vin c’est, on peut toujours rajouter du vin, pour, pas améliorer mais pour agrémenter cette relation-là. […] Pis la chandelle, t’sais, tu peux faire l’amour à la chandelle, tu peux manger à la chandelle, tu peux profiter des moments de panne d’électricité pour te coller, pis tu mets juste une p’tite flamme.
— Rose
Aujourd’hui on peut les faire ces avances-là
C’est souvent des tabous, la preuve c’est que le tabou ben souvent quand on était plus jeunes c’était l’homme qui faisait les avances, c’était pas les femmes. Aujourd’hui, on peut les faire ces avances-là. Pis c’est l’fun parce qu’après un certain nombre d’années on est très à l’aise avec notre conjoint.
— Rose
Ressources pour obtenir du soutien
En tout temps, vous pouvez aussi accéder aux services des centres de crise de votre région. Une liste complète peut être consultée ici.
Exposition
Regards et paroles de femmes aînées sur leur sexualité
Isabelle Wallach
Chercheure principale • UQAM
Isabelle Marchand
Co-chercheure – universitaire • UQO
Julie Beauchamp
Co-chercheure – universitaire • ULaval
Émilie Dionne
Co-chercheure – Établissement gouvernemental • CIUSSS CN
Dorette Mekamdjio
Co-chercheure des milieux de pratique • Centre des femmes de Montréal-Est/Pointe-aux-Trembles
Manon Choinière
Co-chercheure des milieux de pratique • Écho des femmes de la Petite Patrie
Stéphanie Vallée
Co-chercheure des milieux de pratique • L’R des centres de femmes du Québec
Christine Fortier
Co-chercheure des milieux de pratique • Entre ailes
Mélissa Cribb
Co-chercheure des milieux de pratique • Centre Ressources pour femmes de Beauport
Sara Mathieu-Chartier
Collaboratrice du milieu de la recherche • ULaval
Maude Lecompte
Collaboratrice du milieu de la recherche • Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale (CREGÉS)
Rosalie Lacasse
Coordonnatrice du projet • UQAM
Alexandra Hénault
Auxiliaire de recherche • UQAM
Élyse Bergeron
Design graphique de l’exposition
La diffusion en ligne de l’exposition est rendue possible grâce à la précieuse collaboration du CREGÉS qui héberge le site web sur leur plateforme et en assure le maintien continu.
© Participantes et équipe de recherche « La sexualité des femmes aînées : des besoins aux pratiques d’intervention », 2025. Tous droits réservés.




